Sophie Bassouls | Photographe | Paris est une ville pleine de lions

Geneviève Dormann, Sophie Bassouls
Paris est une ville pleine de lions
Albin Michel, Paris, 1991

Broché - 128 pages - 160 × 230 mm
ISBN 2286033846
75 photographies noir et blanc

Une promenade originale, pleine de fantaisie, souvent drôle, dans Paris des lions : à travers la statuaire et l'architecture, les souvenirs d'enfance, les anecdotes historiques, mais aussi la symbolique du lion dans les différentes civilisations, dans l'héraldique, l'astrologie et dans l'imaginaire contemporain.

Extraits

P

aris est une ville pleine de lions et j'habite, de tous ses quartiers, dans le plus léonin : cette partie du 7e arrondissement qui avoisine la Seine, les Tuileries et la place de la Concorde. Pétrifiés mais vigilants, alanguis dans les bassins, crachant l'eau des fontaines, nargués par les oiseaux des jardins, ils soutiennent les balcons, gardent les portes et les ponts.
Je les rencontre partout et ce n'est pas d'hier. Quand je suis née à l'automne 1933, mes parents habitaient un immeuble du boulevard Saint-Germain, entre la rue de Lille et la Seine que l'on apercevait de notre balcon, au cinquième étage. L'immeuble, construit à la fin du siècle dernier, est cossu, tout en bossages vermiculés et sculptures allégoriques. C'est là qu'apparurent mes premiers lions. Ils étaient quatre. Deux d'entre eux passaient leur tête de pierre au-dessus de la haute porte cochère encadrant la fenêtre gardienne ; lions classiques de sous-balcon, la gueule la peine entr'ouverte et l'œil vaguement asiatique. Des lions sans véritable personnalité et qui se confondent avec les murs.
Les deux autres, quoique plus petits, me troublaient davantage. Sculptés à même les ventaux de la porte, les pattes écartées, enserrant un panneau la tête couverte d'une sorte de draperie qui annonçait des lions frileux, ils surveillaient chaque entrée dans la maison dans une vigilance infatigable et quelque peu intimidante.Des lions à faire fuir des intrus.
(...) Nous continuerons à aimer nos lions, à contretemps, à contre-vent, à contre-mode, ces lions de pierre ou de bronze qui défendent nos ponts, nos portes, nos fontaines et nos jardins ; ces lions magique d'un autre temps surgissent de partout pour peu qu'on leur prête attention. Le temps d'un regard, ils nous font cadet d'une énergie subtile qui réduit le malheur, la servitude et la démission.
Regardez-les en passant dans les rues de Partis, ces lions de l'Arsenal et de Villiers, du jardin des Plantes, de Montsouris, du Luxembourg. Ils crachent de l'eau place des Vosges, sourient à la Concorde, ensoleillent la bouche des canons des Invalides, roupillent à la porte de Saint-Martin, chantent à Daumesnil, souffrent sous le joug de la République, toisent le monde à l'Hôtel de Ville, surgissent aux Tuileries, rêvent au Louvre en regardant passer le temps et la Seine.
Si Paris est la plus mystérieuse, la plus tendre, la plus remuante, la plus belle ville du monde, c'est peut-être aussi, parce que Paris est une ville pleine de lions.

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